Cruciale pour la transition écologique et la sécurité des marins, la modernisation des bateaux se heurte à des défis réglementaires. Une situation inquiète qui menace l'avenir de la filière.
La France, deuxième producteur européen de produits de la mer, est un géant en danger, avec une flotte moyenne âgée de plus de 30 ans. Ces navires sont difficiles à décarboner et compliquent l'attraction de nouvelles recrues. « Il est primordial de lever les freins et d’augmenter les subventions », a souligné Olivier Le Nézet, président du comité national des pêches à l'occasion des Assises de la pêche à Cherbourg, un événement crucial pour l'avenir sectoriel.
« Même avec une valorisation accrue des produits de la mer, le modèle économique est insoutenable. Un navire qui valait trois millions d’euros il y a dix ans en vaut désormais le double. Nous avons besoin de nouveaux navires : plus sûrs, plus confortables et moins polluants », a-t-il ajouté.
Aucun mécanisme de renouvellement pour les vieux bateaux
Depuis 2000, la flotte de pêche française a diminué de 35%. Cette crise est le résultat des politiques de l’Union européenne visant à protéger les stocks de poissons, au prix d'un frein sur la modernisation des navires. Olivier Le Nézet évoque une situation « parfois absurde, mettant en péril la transition énergétique ».
En 2023, selon France Agrimer, la pêche française a produit 470.000 tonnes de produits frais et congelés.
La politique commune de la pêche (PCP) ne facilite pourtant pas l'accès à un renouvellement. « Un pêcheur doit être jeune pour espérer bénéficier d’aides pour un bateau d’occasion, ce qui complique la transition pour les vétérans », précise Le Nézet.
Il n’existe aucun mécanisme de soutien pour les pêcheurs plus âgés souhaitant remplacer leur vieux bateau. La seule option consiste souvent à vendre son navire, ce dont les conséquences sont délicates. « Vendre un bateau de 30 ans pour en acheter un de 10 ans soulève la question de la conservation de mes droits de pêche », souligne-t-il.
En 2023, la France comptait 6.233 navires de pêche, dont 80 % mesurent moins de 12 mètres.
« Dans le premier cas, je vendrais une coque nue, dans le deuxième, je pourrais perdre mes droits d’accès aux ressources », déplore-t-il.
Les défis de la transition écologique
Les Outre-mer bénéficient d’initiatives intéressantes en matière de renouvellement, mais la plupart des navires y sont aussi très vieux. « Ne rien faire serait un abandon des marins en danger », critique Le Nézet.
Pour répondre aux besoins de la transition, les navires doivent être adaptés. Cela implique des dimensions qui permettent d'intégrer de nouvelles technologies, telles que l'insonorisation des cabines pour des déplacements maritimes adaptés aux normes écologiques, tout en réduisant la consommation énergétique.
En 2022, le nombre d'embarquements de marins pêcheurs atteignait 12.316 en France.
« La puissance et la taille des navires doivent évoluer et être plus raisonnables pour respecter l'environnement », conclut Le Nézet, qui appelle à une révision des réglementations européennes afin de ne plus freiner la modernisation, mais plutôt encourager des pratiques durables.
Le déficit du commerce extérieur dans le secteur de la pêche se chiffrera à 4,9 milliards d’euros en 2024.
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