La tapisserie de Bayeux, œuvre emblématique du XIe siècle, a débuté ce jeudi son transfert vers Londres, où elle sera exposée pendant un an au British Museum. Bien que certains experts s'inquiètent de sa fragilité, cette broderie de près de 70 mètres a quitté sa ville natale dans l'ouest de la France, soigneusement protégée dans un double caisson conçu pour minimiser les vibrations durant son voyage en camion.
Documentant la conquête de l'Angleterre par Guillaume le Conquérant en 1066, la tapisserie sera accueillie par le British Museum du 10 septembre 2026 au 11 juillet 2027. L’annonce de ce prêt, faite par le président français Emmanuel Macron en juillet 2025, vise à renforcer les relations culturelles entre la France et le Royaume-Uni, dans le contexte post-Brexit.
Un dispositif de transport sous haute surveillance
Ce transfert, entièrement pris en charge par le Royaume-Uni, a suscité des craintes chez les défenseurs du patrimoine en France, avec des rapports signalant 30 déchirures non réparées et une multitude de trous dans l'œuvre. Une étude de restauration réalisée en 2021 avait fait état des « risques supplémentaires » d'une telle opération sur ce textile délicat.
Pour garantir la sécurité de la tapisserie, un dispositif technique complexe a été mis au point. Deux tests de transport, utilisant une reproduction à échelle réelle de l'œuvre, ont été conduits de manière à réduire de 96 % les vibrations qui menacent sa conservation. Le double caisson permettra également de maintenir l'œuvre à une température constante de 20 °C et à un taux d'humidité de 50 %.
Des garanties diplomatiques et techniques
« Rien n’a été laissé au hasard », a affirmé la ministre française de la Culture, Catherine Pégard, soulignant les mesures prises pour assurer la sécurité de cette pièce unique. Des précédents projets de prêt, en 1953 pour le couronnement de la reine Elizabeth II et en 1966 pour le 900e anniversaire de la bataille d'Hastings, n'avaient pas abouti, accentuant l'importance de cet événement.
Le gouvernement britannique a également promis une garantie substantielle de 800 millions de livres (environ 917,9 millions d'euros) pour couvrir toute dégradation significative de la tapisserie. En retour, la France prêtera des pièces du trésor de Sutton Hoo, ainsi que des œuvres de la Renaissance, qui seront exposées en France.
À son retour en France prévu pour 2027, la tapisserie retrouvera son musée de Bayeux avant de subir une rénovation attendue, prévue à partir de 2028. Les autorités envisagent de mener à bien ce projet en présence du public pour éviter une nouvelle extraction.







