Le rêve d'autonomie des Kurdes dans le nord-est de la Syrie est en train de s'effondrer. Isolés par leurs alliés occidentaux, ils font face à une offensive massive des forces syriennes et islamistes, soutenues indirectement par Ankara et souvent ignorées par Washington. Cette situation fait craindre une dérive vers un régime autoritaire et une escalade de la violence.
Une offensive décisive contre les Kurdes
Le 6 janvier, une nouvelle étape critique a été franchie. Avec l'aide de la Turquie, l'armée islamiste syrienne, forte de 40 000 hommes, a lancé une offensive majeure contre les quartiers kurdes d'Alep, défendus par une poignée de combattants des Forces démocratiques syriennes (FDS). Ces quartiers, libérés de l'État islamique, ont connu des combats acharnés, forcant les Kurdes à abandonner des territoires majoritairement arabes, et permettant un retour en force du régime syrien, soutenu par d'anciens djihadistes.
Le dilemme des Kurdes : capituler ou résister
Le dilemme pour les Kurdes est désormais clair : composer avec le régime de Damas ou reprendre les armes. Des milliers de Kurdes ayant combattu Daech entre 2014 et 2019 se retrouvent dans une situation dramatique. L'absence de soutien concret de la coalition internationale laisse planer des doutes sur leur avenir. Selon le géopolitologue Alexandre Del Valle, les Kurdes sont avant tout des "combattants de la liberté" et ne devraient pas uniquement être vus comme des "gardiens de prison".
A. Del Valle souligne que l'absence d'engagement clair de l'Europe, devenue réticente à rapatrier ses propres ressortissants, a conduit à une situation où les Kurdes doutent de la foi de leurs alliés. Ce vide a également permis à de nombreux djihadistes de s'évader, alimentant de nouvelles menaces sécuritaires notamment pour l'Europe.
Le rêve d'autonomie du Rojava s'estompe
Ahmed Al Charaa, ancien djihadiste devenu un acteur clé du régime syrien, incarne ce tournant. Le modèle d'autonomie kurde au Rojava s'efface au profit d'une centralisation autoritaire. Le système progressiste, notamment en matière de droits des femmes, est de plus en plus critiqué et remplacé par des structures militaires et islamistes.
Un silence occidental assourdissant
Alors que le ministre français des Affaires étrangères parlait récemment de "frères d'armes", la réalité pour les Kurdes est bien différente. La France a clairement fait le choix de ménager ses relations avec la Turquie plutôt que d'assurer le soutien à ceux qui ont lutté contre Daech, rappelant ainsi le sort tragique des Harkis après la décolonisation.
Une amitié historique délaissée
Historiquement, la France avait cultivé des relations privilégiées avec le Kurdistan, des liens soutenus par les présidents successifs. Cependant, ces relations semblent désormais secondaires comparées aux intérêts géopolitiques qui favorisent la Turquie.
Financement d'un régime islamiste par l'UE
Ainsi, l'Union Européenne, avec 620 millions d'euros destinés au régime syrien, opte pour une approche contestable : soutenir d'anciens islamistes perçus comme n'étant pas alignés avec l'Iran. Ce choix privilégie des stratégies géopolitiques aux dépens des droits des minorités, assujetties à un climat de violence.
La convergence entre Ankara et Washington
Les intérêts turcs et américains semblent converger, influençant la recomposition du pouvoir en Syrie et isolant les Kurdes. Le soutien tacite d'Ankara laisse présager que les décisions concernant les Kurdes ne sont plus guidées par des considérations humanitaires, mais bien par un jeu stratégique déconcertant.
La capitulation des FDS
En conséquence, le président syrien a récemment annoncé un accord qui intègre les forces kurdes dans le système syrien et transfère le contrôle de nombreux territoires au régime de Damas. Après avoir été soutenues contre Daech, les FDS sont maintenant contraintes d’accepter cette capitulation, reflétant un retrait stratégique préoccupant des États-Unis et de la France.







