Des experts indépendants de l'ONU ont récemment averti sur le risque de « violences massives contre les civils » au Soudan du Sud, au milieu d'une intensification des conflits dans l'État de Jonglei. Bien que la situation n'ait pas pris la tournure ethnique de la guerre fratricide entre Dinka et Nuer, ayant causé 400 000 morts entre 2013 et 2018, la montée de la violence suscite de vives inquiétudes.
La Commission sur les droits de l'homme au Soudan du Sud a exprimé sa « grande inquiétude » quant aux récents affrontements, mettant en lumière les tensions entre les forces loyalistes au président Salva Kiir et celles de l'ancien vice-président Riek Machar, arrêté il y a quelques mois. Un communiqué indique que ces hostilités pourraient mener à un « conflit ethnique généralisé » si des mesures urgentes ne sont pas prises.
Les experts de l'ONU mettent en cause des « propos incendiaires » tenus par certains officiers supérieurs, agissant comme des catalyseurs de violence. Le chef de l'armée, Paul Majok Nang, a même appelé ses troupes à « écraser » la rébellion en quelques jours, exacerbant ainsi les craintes d'une escalade. Des déclarations inquiétantes d'un responsable militaire, suggérant de ne « pas épargner les vieillards », soulignent la gravité de la situation.
Une « escalade dangereuse »
Les commandants militaires, en incitant à de telles violences, engendrent un climat explosif, compromettant le fragile processus de paix. Yasmin Sooka, présidente de la Commission, a averti que ce type de rhétorique a souvent précédé des atrocités au Soudan du Sud. La Mission des Nations unies dans le pays a également condamné ces « discours odieux » qui appellent à cibler les civils, en particulier les plus vulnérables.
Face à cette situation, les autorités ont demandé à la population d'évacuer les zones à risque. Lul Ruai Koang, porte-parole des forces sud-soudanaises, a averti que les civils armés seraient considérés comme des cibles militaires.
Une crise humanitaire qui s’aggrave
Dans un contexte déjà préoccupant, le Bureau onusien pour la coordination des affaires humanitaires signale que plus de 180 000 personnes ont été déplacées par ces violences. Ces communautés souffrent déjà d'« insécurité alimentaire aiguë » et de catastrophes précédentes telles que les inondations majeures de l'année dernière.
Le Soudan du Sud, qui a obtenu son indépendance en 2011, semble sur le point de plonger à nouveau dans le chaos. Alors que les combats se poursuivent, des experts de l'ONU rappellent l'urgence d'un retour à un dialogue politique, sans quoi la région risque d'être entraînée dans un « conflit ethnique généralisé ».
Les tensions sont exacerbées par le poids démographique des Nuer dans l'État de Jonglei, ce qui entraîne une militarisation accrue de cette ethnie en soutien au SPLA-IO. Jusqu'à présent, la situation reste volatile, et chaque minute compte pour éviter une catastrophe humanitaire.
Les experts de l'ONU concluent en appelant toutes les parties à cesser immédiatement les discours incendiaires. Selon Yasmin Sooka, « cette crise n’est pas inévitable ». Il reste encore temps d'agir, mais le délai s'amenuise.







