Dans un entretien accordé à ICI Pays de Savoie, Laurent Vinatier, chercheur français, partage son expérience marquante après sa libération, survenue le 8 janvier 2026, après une captivité de dix-neuf mois en Russie.
"J'avais très peur qu'on m'oublie", a-t-il confié, décrivant la peur constante qui l'habitait durant ces longs mois d'incarcération. Lors de son arrestation, Laurent se retrouve d'abord dans une prison de quarantaine. Il raconte : "Quand on arrive en prison russe, c'est un choc". Bien que la cellule de 100 mètres carrés soit relativement propre, elle est partagée avec quatorze détenus. Parmi eux, il croise des personnes éduquées, mais aussi des escrocs et des corrompus, ce qui rend la promiscuité particulièrement douloureuse.
Laurent se rappelle une figure dominante parmi les détenus qui lui a rappelé qu'il était "chez lui", ce qui a accentué son sentiment d'oppression. Sa peine étant aggravée par des conditions terribles, il raconte : "On n'a pas la possibilité d'éviter les autres, c'est un enfer d'être avec des gens qu'on n'a pas choisis".
Des horreurs et un sentiment de désespoir
Condamné à trois ans de prison, il est transféré à Toula, où la réalité de sa situation devient de plus en plus douloureuse. "J'étais effondré, j'ai pris conscience de ce qu'était la vraie peur", se remémore-t-il. Isolé dans sa nouvelle cellule, il éprouve un terrible sentiment de vulnérabilité. "Je peux devenir ce que l'on veut, il n'y a plus de témoins", dit-il, ajoutant que l'absence totale de communication aggravait sa souffrance.
À Léfortovo, la prison politique, Laurent doit faire face à l’incertitude de son sort. Les conditions y sont terribles : "On est déshumanisé, comme du bétail". La lecture et l'écriture deviennent ses seules échappatoires. "Chaque jour, je m'imaginais gravir une montagne, me projetant dans un paradis intérieur, cultiver une paix intérieure m’a aidé", témoigne-t-il.
La peur d'être oublié
À Lefortovo, Laurent commence à correspondre avec sa famille. Sa femme avait même recours à un employé de la poste pour faire parvenir des lettres, ce qui prenait beaucoup de temps à cause des censeurs. Chaque attente inacceptable ressentie le plongeait dans un abysse de désespoir. "C'est effrayant d'être oublié dans une prison russe", se rappelle-t-il avec un frisson.
Le 8 janvier 2026, lorsqu’il reçoit l'annonce de sa grâce, il pense d'abord à une simple relocalisation car cela semble trop incroyable. "C'est surtout un nouveau monde qui s'ouvre", déclare-t-il, conscient du retour à une liberté tant désirée.
De retour chez lui, Laurent se sent à la fois soulagé et troublé. "Quand j'ai vu mes enfants, j'avais l'impression que je n'étais pas parti depuis longtemps", partage-t-il. Aujourd'hui, il savoure les moments passés avec sa famille et continue d'écrire dans sa maison en Haute-Savoie, même s'il avoue avoir des difficultés à retourner dans les lieux publics. Voyager en dehors de l'Europe reste également une idée qu'il préfère pour l’instant éviter.







