À l'occasion de la diffusion de son classement mondial de la liberté de la presse pour 2026, Reporters sans frontières (RSF) tire la sonnette d'alarme concernant la situation actuelle. Avec une attention particulière portée aux États-Unis, le directeur général Thibaut Bruttin a été invité à s'exprimer dans l'émission '11H/13H'.
Yann Haefele : Pour commencer, pouvez-vous nous expliquer cette carte de la liberté de la presse que vous publiez ?
Thibaut Bruttin : Cette carte illustre clairement le degré de danger qui pèse sur la liberté de la presse : plus c'est sombre, plus la situation est critique. On observe des régimes autoritaires, notamment en Asie et en Afrique du Nord, qui tentent de contrôler l'information. La violence à l'encontre des journalistes, particulièrement en Inde, alimente également ce sombre tableau. En effet, cette édition de 2026 souligne une dégradation vertigineuse par rapport à 2002.
Depuis 2002, y a-t-il véritablement un recul de la liberté de la presse ?
La réponse est oui. Notre analyse indique que le score moyen a chuté de 72 à 54 points sur 100 depuis 25 ans. Chaque année, nous constatons un assombrissement progressif de la carte, avec de moins en moins de pays où la liberté de la presse est garantie. Ce constat est alarmant et appelle à une prise de conscience, ainsi qu'à des politiques publiques renforçant le journalisme. Il est crucial d'affirmer une voix internationale forte pour soutenir nos journalistes.
Quels critères distinguent un pays en termes de liberté de la presse ?
Pour RSF, cela va bien au-delà de la sécurité des journalistes. Certes, la protection des journalistes est primordiale, mais il faut également considérer l'économie des médias, la confiance du public et le cadre légal. Dans bien des pays, la parole politique se révèle hostile au travail journalistique, et le droit est parfois détourné pour étouffer la voix des reporters. Notre méthodologie repose sur des critères objectifs, évalués par des experts à échelle nationale.
Un point notable concerne les États-Unis, où la liberté de la presse semble en grave recul. Que se passe-t-il ?
La situation s'est détériorée avec Donald Trump, qui, lors de son second mandat, a exacerbé la violence verbale à l'encontre des journalistes. Les États-Unis, historiquement, n'étaient déjà pas en position forte dans notre classement. Depuis 2024, nous avons vu une escalade préoccupante des mesures contre la presse, notamment l'instrumentalisation des fonds publics au profit des médias d'État pour soutenir sa rhétorique. Les menaces s'intensifient, notamment autour des chaînes de télévision, soumises à un régulateur aux ordres.
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