En partenariat avec un ensemble de médias et de créateurs de contenu indépendants, le site cubain El Toque a lancé une enquête en ligne pour recueillir les opinions des Cubains dans un contexte de négociations secrètes entre le régime et l'administration Trump. Les résultats préliminaires montrent un rejet massif du régime en place, avec plus de 42 000 répondants exprimant leurs préoccupations.
COURRIER INTERNATIONAL : Quelles motivations ont conduit à cette enquête d’opinion ?
JOSÉ NIEVES : L'intervention des États-Unis au Venezuela a provoqué un durcissement des sanctions contre Cuba, alimentant ainsi notre besoin de connaître les véritables sentiments de la population. Alors que des discussions secrètes ont lieu entre Marco Rubio et Raúl Castro, l'inquiétude grandit de voir l'avenir de Cuba s'écrire sans la voix de son peuple.
Il est crucial que les Cubains soient entendus, car leur opinion mérite d'être prise en compte dans ces enjeux qui les concernent directement.
Quels défis avez-vous rencontrés lors de cette initiative ?
Le principal défi est la dictature en place à Cuba, qui entrave la libre expression. Notre enquête, bien qu'anonyme, souffre d'un biais d'autosélection : elle reflète principalement les vues de ceux qui suivent des médias indépendants. Pour pallier cela, nous avons mis en place des incitations comme des recharges de téléphone portable pour encourager une participation plus large.
Nous avons de plus constaté une surreprésentation des habitants de La Havane, en partie car c'est là que les coupures de courant sont moins fréquentes. Bien que 58 % des participants soient sur l'île, nombre d'entre eux ont probablement utilisé des VPN pour contourner la censure.
Votre enquête a-t-elle été bloquée à Cuba ?
Oui, le gouvernement a rapidement réagi en bloquant l'accès à notre page. Les Cubains avec des téléphones récents ont pu accéder à l'enquête, mais ceux en utilisant des appareils plus anciens ont dû trouver des solutions comme un VPN.
Près de 42 000 Cubains ont participé, dont 58 % étaient géolocalisés à Cuba. Plus de 80 % des participants estiment que le pays doit évoluer vers un modèle capitaliste démocratique. Les principales préoccupations? La répression des libertés civiles (82,2 %), l'inefficacité gouvernementale (74,8 %) et la crise économique (52,7 %).
Ces résultats sont-ils représentatifs de l'ensemble de la population ?
Évidemment, ceux qui soutiennent le régime n'ont pas répondu. Notre enquête, bien qu'importante, ne prétend pas résumer l'ensemble de la société cubaine. Elle souligne néanmoins l'existence d'une opposition significative et d'un besoin pressant de changement.
Le régime a toujours ses partisans, mais de plus en plus de voix se lèvent pour une transformation vers une démocratie libérale. Les résultats montrent un désir clair d'un système de liberté.
Créez-vous des alliances avec d'autres médias ?
Notre collaboration avec divers médias et personnalités est rare, mais cruciale. Ces alliances ont pour but de créer un espace d'expression libre pour les Cubains.







