Malgré les efforts affichés lors du sommet Choose France, les avis des experts divergent sur la réalité de la réindustrialisation nationale. Alors que le pays se glorifie de son attractivité, plusieurs défis demeurent face aux crises multiples et à la concurrence internationale.
Depuis la prise de fonction d'Emmanuel Macron, des progrès en matière de réindustrialisation sont constatés. D'après des données du cabinet EY, la France s'impose comme le pays le plus attractif d'Europe pour les investissements, attirant 852 projets sur 5 026 en 2025. Toutefois, cela ne fait pas consensus parmi les économistes.
Nicolas Dufourcq, directeur général de Bpifrance, souligne le changement d'image de la France. Pourtant, il rappelle que la mesure de la réindustrialisation reste complexe, évoquant l'importance de l’industrie dans l’économie via le chiffre d'affaires et l'emploi. En effet, depuis 2017, le gouvernement revendique la création de 120 000 emplois industriels, une première depuis les années 70. Anthony Morlet-Lavidalie, économiste chez Rexecode, rappelle également que le solde des ouvertures d'usines reste positif, avec plus de 20 sites ouverts ou agrandis par rapport aux fermetures en 2025.
Cependant, la critique persiste, notamment en ce qui concerne le déficit de la balance commerciale et la part de l'industrie dans le PIB, qui a chuté à 9,5 %. Ce constat amène certains experts à parler davantage de tendance à l'amélioration que de réindustrialisation véritable. Le chercheur Philippe Mutricy appelle ainsi à différencier les secteurs, notant que si l’industrie automobile est en déclin, d’autres secteurs comme la pharmacie connaissent un essor. Pour lui, l’avenir pourrait être prometteur si ces catégories en difficulté se redressent face aux défis technologiques et compétitifs.
Les obstacles structurels sont à prendre en compte, surtout en période de turbulences telles que la pandémie et le conflit en Ukraine. Dans une récente analyse, Olivier Lluansi de l’Institut Montaigne pointe du doigt un échec potentiel de la stratégie France 2030. Les entreprises, autrefois soutenues par des mesures fiscales généreuses, se sentent désormais prises au piège par des exigeantes politiques de réduction du déficit public. Patrick Martin, président du Medef, a récemment alerté sur le désenchantement croissant du monde économique, affirmant que la situation actuelle est « très grave ».
Alors que les enjeux industriels s'intensifient, l'avenir de la réindustrialisation en France dépendra de la capacité du pays à atteindre un équilibre entre attractivité et compétitivité face aux défis mondiaux.







