Dimanche soir, la Nouvelle-Calédonie s’apprête à recevoir les résultats de ses premières élections provinciales depuis 2019. Ce scrutin, caractérisé par un net déclin de la participation, pourrait redéfinir les relations de pouvoir au sein de l’archipel, toujours en phase de récupération après les violentes émeutes de mai 2024.
À la fermeture des bureaux de vote à 18H00 (09H00 à Paris), le taux de participation affichait 58,86%, en baisse par rapport aux 66,50% enregistrés en 2019, selon NC Première. Une évaluation préliminaire du haut-commissariat avait signalé un chiffre de 54,42% à 17H00, inférieur aux 58,49% de la même période en 2019.
Le scrutin s'est déroulé dans le calme, avec peu d'attente constatée dans les bureaux de vote, rapportent des journalistes de l'AFP. Environ 2.400 membres des forces de l'ordre, incluant 1.120 gendarmes mobiles, étaient déployés pour sécuriser ce vote crucial. Les premières projections sont attendues dimanche soir, tandis que les résultats définitifs ne devraient être annoncés que le lendemain.
"Mes grands-parents se sont battus pour ce droit" a déclaré Cédric Ixeco, un Kanak âgé de 43 ans, au moment de s'exprimer à Nouméa. "Il est essentiel de voter, cela peut changer notre quotidien," a-t-il ajouté, soulignant l’importance d’un vote qui incarne bien plus qu’un simple acte citoyen.
- Un scrutin crucial -
Barbara Meylan, âgée de 53 ans, partageait des sentiments similaires en votant à l’Anse Vata. "Ce scrutin est primordial pour stabiliser notre pays et trouver un terrain d'entente," a-t-elle exprimé, tenant une procuration. Son attente traduit une forte aspiration de changement parmi les électeurs.
Environ 192.500 électeurs étaient appelés à renouveler les 76 sièges des conseils des trois provinces : 40 pour la province sud, 22 pour celle du Nord, et 14 pour les îles Loyauté. Les indépendantistes dominent au Nord et dans les îles Loyauté, tandis que le Sud, qui concentre près de 75% de la population, est sous le contrôle de la droite loyaliste.
Parmi les 76 élus provinciaux, 54 siègent également au congrès territorial, qui élit un gouvernement collégial. La répartition de ces sièges ne suit pas la logique démographique, ce qui a conduit à des inégalités entre les provinces. Les partis non-indépendantistes, unis dans le Sud, espèrent obtenir une majorité au congrès pour la première fois, sans partenaires, une possibilité qu’ils considèrent comme une chance historique, comme l’a déclaré le député Nicolas Metzdorf.
Les indépendantistes, de leur côté, visent à empêcher ce qu'ils appréhendent comme un "grand chelem institutionnel", cherchant à faire de ce scrutin un vote sanction contre la politique de la présidente de la province Sud, Sonia Backès. Le président du FLNKS, Christian Tein, a multiplié les appels à mobiliser la population kanak, traditionnellement plus abstentionniste, les exhortant à convaincre les jeunes électeurs d’exercer leur droit de vote.
- Un corps électoral figé -
Le vote repose sur un corps électoral gelé depuis 2007 : seuls les ressortissants installés avant 1998 peuvent voter, ainsi que leurs descendants. Cette situation a déclenché les émeutes meurtrières de mai 2024, causant de nombreux dégâts, avec un tollé qui a suffi pour inciter à une réforme. Une loi de printemps a permis l'intégration de 10.575 natifs exclues, faisant passer le corps électoral de 169.000 à 192.500 inscrits.
Avec les tensions persistantes, le camp indépendantiste aborde ces élections dans un état de division, exacerbée par l'accord de Bougival, inapplicable et désormais caduc. Pendant ce temps, le vote représente un test substantiel en vue de la réouverture des négociations politiques, promises par le Premier ministre Sébastien Lecornu avec un objectif d'accord d'ici à la fin de l'année.
Cependant, les divergences demeurent significatives : le FLNKS exige un nouveau cycle de discussions, tandis qu’une partie des loyalistes pense que les compromis majeurs ont déjà été négociés.







