La gestion des ressources en eau, la lutte contre la prédation du loup, et la possibilité de réintroduire certains pesticides interdits, autant de sujets qui suscitent polémique alors que le gouvernement appelle le Sénat à sauvegarder "l'équilibre" du projet de loi d'urgence agricole. Ce texte, qui a déjà suscité des critiques vives, est sur la table un an après le mécontentement suscité par la loi Duplomb.
Les tensions sont palpables. Les déclarations s'opposent : une mobilisation agricole persistante depuis l'hiver dernier, des partis politiques fracturés, et une ministre de l'Agriculture dans l'urgence. Lors des débats au Sénat, la question de l'avenir des agriculteurs se pose avec acuité. Une priorité pour le gouvernement, mais également un sujet d'âpres confrontations dans l'hémicycle.
Sous une majorité dominée par la droite et les centristes, le Sénat envisage d'aller au-delà du cadre proposé par le gouvernement, en allégeant les normes touchant des secteurs essentiels, notamment en matière d'eau, de protection contre le loup, et d'usage de pesticides. Ce projet, adopté récemment à l’Assemblée nationale, avait bénéficié d’un large soutien, allant du camp présidentiel au Rassemblement national.
Mais le temps presse. Peut-on espérer un aboutissement avant la suspension estivale des travaux parlementaires en juillet ? Les divisions partisanes et les tensions croissantes mettent en péril le consensus nécessaire. Les experts, comme l’écologue Monique Barbut, préviennent : "Une fracture au sein du bloc central pourrait compromettre l’adoption du texte".
Pour Annie Genevard, ministre de l'Agriculture, aller au fond des divergences n'est pas une option : "Nous ne pouvons pas nous permettre de renvoyer ce texte au placard" .
La question des pesticides est particulièrement sensible. Le Sénat envisage d’autoriser la réintroduction de deux insecticides, l'acétamipride et le flupyradifurone, des produits controversés déjà prohibés en France, mais en usage dans d'autres pays européens. Le sénateur LR de Haute-Loire, fervent partisan de cette option, déclare : "Nous sommes les seuls à interdire ces molécules en Europe depuis plus d'une décennie. Comment s’en sortir sans sacrifier notre production locale ?" Il met également en avant les difficultés croissantes rencontrées par les filières comme la betterave et la noisette.
À l'opposé, les représentants de la gauche dénoncent une "surenchère pro-pesticides" et les mises en danger de la biodiversité. Les associations environnementales tirent la sonnette d'alarme face à l’éventualité d'un retour de l'acétamipride.
Sur un ton apaisé, Genevard tente de calmer le jeu, niant tout "recul environnemental" malgré les inquiétudes croissantes. En revanche, Barbut insiste : "Il ne s'agit pas de vagues promesses, mais de réponses concrètes basées sur des preuves scientifiques".
D'autre part, le volet relatif à la gestion de l’eau, dans ce contexte de sécheresse, représente une autre source de discorde. Le texte prévoit moins de contraintes pour la construction d’ouvrages de stockage, un changement que le Sénat souhaite renforcer.
Concernant la protection des éleveurs contre le loup, le Sénat propose d'assouplir les règles actuelles, permettant de tirer sans autorisation préalable en cas d’attaques. Une mesure qui, sans surprise, soulève un tumulte au sein de l’assemblée.
Le gouvernement s'apprête à déposer des amendements pour contrer plusieurs de ces propositions. En tout, près de 950 amendements sont attendus pour discussions, promettant des débats longs et tumultueux.
Après le vote sénatorial, une commission mixte paritaire se réunira mi-juillet pour tenter de dégager une version commune. Avec de nombreuses divergences à l’horizon, le chemin vers un accord semble semé d'embûches.







