Le pesticide acétamipride suscite des tensions au sein du Sénat ce 29 juin. Entre enjeux économiques et risques pour l'environnement, sa réautorisation controversée va déterminer l'équilibre à trouver.
La réévaluation de l'acétamipride, insecticide classé parmi les néonicotinoïdes, est à nouveau sur la table ce lundi au Sénat. Interdite à l'usage agricole en France depuis 2018 à cause de ses effets nocifs sur les pollinisateurs, l'acétamipride a pourtant bénéficié de dérogations temporaires jusqu'en 2020 pour certaines cultures comme la noisette.
Le sujet revient en tête des discussions dans le cadre du projet de loi d'urgence agricole, visant à apaiser les tensions du secteur agricole. La commission des affaires économiques a introduit un volet sur les pesticides, en intégrant des mesures rejetées l'année précédente par le Conseil constitutionnel. Ce nouveau texte envisage une réintroduction dérogatoire et encadrée de l'acétamipride, ainsi que d'un autre insecticide, le flupyradifurone.
"La seule solution" pour les défenseurs du pesticide
Pour certains, l'urgence économique semble primer. Le sénateur LR Pierre Cuypers affirme que l'acétamipride représente "la seule solution pour certaines filières en péril", notamment pour la production de betteraves et de noisettes. Selon La France Agricole, son collègue Laurent Duplomb, auteur de l'amendement, soutient que l'interdiction a conduit à la fermeture de six sucreries en sept ans, menaçant plus de 70 000 emplois dans ce secteur. La FNSEA, syndicat majoritaire, dénonce également une "concurrence déloyale" face à des producteurs européens pouvant employer ce pesticide.
Le frein de l'autre côté rend la décision incertaine
D'un autre côté, des agriculteurs comme la Confédération paysanne préviennent qu'une réintroduction serait dangereuse. Dans un communiqué relayé par La France Agricole, elle s'est fermement opposée aux velléités de réintroduire ce néonicotinoïde. Jean-Marc Bonmatin, chercheur au CNRS, souligne l'accord scientifique sur la toxicité de ce pesticide, qualifiant de "tragique" ce désir de réautorisation. D'autres organismes, comme le Conseil national de l'ordre des médecins, partagent ce constat.
Les incertitudes demeurent. La loi Duplomb, avec une mesure similaire, avait été adoptée en juillet 2025 avant d'être partiellement annulée par le Conseil constitutionnel suite à une pétition ayant récolté plus d'un million de signatures. Reporterre rapporte que la ministre de l'Agriculture, Annie Genevard, avait récemment assuré que la réautorisation ne figurerait pas dans le nouveau texte. Pour l'instant, plus de 1 000 amendements ont été proposés au Sénat, qui doit encore voter avant qu'une commission mixte paritaire sache trancher d'ici la mi-juillet. Aucun dénouement clair n'est donc encore à l'horizon.







