Près de trois ans après les émeutes qui avaient choqué Montargis, le Rassemblement National a conquis la mairie de la ville le 22 mars dernier. Cette élection représente une étape marquante dans la montée du parti dans le Loiret, suivant l'élection de Thomas Ménagé en 2022.
Lors de cette deuxième manche des élections municipales de Montargis, Côme Dunis, candidat soutenu par le RN, a recueilli 34,6 % des voix, devançant de justesse Bruno Nottin, qui a obtenu 33,1 %, et l'ancien maire Benoît Digeon, qui a totalisé 32,3 %. Ce dernier, qui a succédé à Jean-Pierre Door en 2001, semblait optimiste en début de campagne, mais s'est finalement retrouvé presque à égalité avec ses adversaires. « Le RN a gagné, mais il n’y a pas de véritable vainqueur », a-t-il déclaré après les résultats.
À l'inverse, des habitants de Montargis ne cachent pas leur inquiétude face à cette montée du RN. "L’élection de Côme Dunis est symptomatique d’un enracinement du vote RN dans notre région," s'est alarmée Pauline, une électrice de gauche. À proximité d'Amilly, le RN a remporté une victoire encore plus éclatante avec 48,2 % des voix, renforçant la crainte d'une banalisation des discours extrêmes. Selon elle, l'ambiance dans la ville a changé depuis la réélection de Thomas Ménagé à l'Assemblée nationale, rendant les propos xénophobes plus acceptables.
Les émeutes de juin 2023, qui ont suivi la mort de Nahel, un jeune homme tué par la police, ont laissé des cicatrices profondes dans la ville. Ces événements ont été qualifiés par un éducateur local de « pain bénit pour le RN qui exploite les peurs des électeurs ». Selon ses dires, même maintenant, des personnalités qui ne sont pas de Montargis évoquent encore ces "scènes de guerre" largement médiatisées.
Le maire sortant, Benoît Digeon, a tenté d'orienter la ville vers un avenir meilleur grâce à son programme de réaménagement urbaine, "Action cœur de ville", initié en 2018. Il a misé sur le développement d'infrastructures, comme la nouvelle marina inaugurée en juin 2025, pour attirer le tourisme et améliorer le cadre de vie. « Le RN ne fera pas mieux », a-t-il assuré, rappelant que la pauvreté reste un problème majeur, avec 42 % de logements sociaux dans la ville.







