Six détenus de Condé-sur-Sarthe, dans l'Orne, ont déposé plainte pour violences et harcèlement moral. Ils accusent la direction de l'établissement ultra-sécurisé de maintenir un climat de pression psychologique qui outrepasse les exigences de sécurité.
Cette plainte a été enregistrée à Alençon, comme l'a confirmé une source proche du dossier à l'AFP. Les plaignants allèguent que le personnel pénitentiaire s'emploie à les "humilier" et à les "déshumaniser", espérant ainsi briser leur résistance.
L'avocate des détenus, Marie Violleau, a qualifié la situation de "d'une gravité sans nom". "L'État a l'obligation de respecter tous les individus, même ceux incarcérés, peu importe la nature de leur délit. Ces traitements inhumains doivent cesser", a-t-elle indiqué.
Bien que plusieurs recours administratifs aient été introduits concernant ces quartiers de détention, cette plainte constitue, à ce jour, la première voie pénale. "Le cas de Condé-sur-Sarthe illustre une violation des lois pénales, pas seulement des droits fondamentaux", a nuance Me Violleau.
Pour illustrer la différence, elle cite la prison de Vendin-le-Vieil, où bien que les conditions soient difficiles, les détenus semblent bénéficier d'un certain respect de la part de la direction.
Les QLCO (quartiers de lutte contre la criminalité organisée), institués pour contrer le narcotrafic, ont vu le jour récemment en France. Le premier a été ouvert à Vendin-le-Vieil en juillet 2025, suivi par celui de Condé-sur-Sarthe en octobre de la même année. Un troisième ouvrira en Seine-et-Marne bientôt, ciblant environ 500 détenus perçus comme des figures clés dans le milieu criminel.
Le but de ces quartiers est d'isoler des détenus jugés particulièrement dangereux, s'inspirant des méthodes antimafia en Italie. Le ministère de la Justice, se félicitant de leur efficacité, avait annoncé en mai que près de 25 % des détenus en QLCO étaient condamnés.
Les plaignants, tous impliqués dans des affaires de trafic de drogue ou d'association de malfaiteurs, rapportent des fouilles humiliantes, un accès restreint aux promenades et des interactions avec des agents masqués, se traduisant par un climat de terreur.
Les prisonniers affirment que les visites familiales sont souvent vécues comme une épreuve dégradante, les agents fouillant même les enfants des visiteurs. Les parloirs sont soumis à des règles strictes, empêchant tout contact direct, à l'exception de cas particuliers.
Les exigences de communication, imposées en plein journée, ne prennent pas en compte les horaires de travail des familles, renforçant le sentiment d'isolement. Selon les plaignants, la prison agit sur eux avec un régime de "pression psychologique et de domination", qui excède de loin la nécessité de sécurité.
"Traiter des individus avec tant de mépris ne peut que renforcer les comportements problématiques. Si vous traitez des gens comme des chiens, ne vous attendez pas à ce qu'ils sortent en étant de meilleures personnes", a averti Me Violleau.







