La célèbre tapisserie de Bayeux a entamé jeudi son transfert vers Londres, où elle sera exposée pendant un an au British Museum, comme l'a rapporté l'AFP.
"La Tapisserie de Bayeux prend le chemin de Londres", a tweeté le président français Emmanuel Macron dans la nuit de jeudi à vendredi.
Cette broderie datant du XIe siècle, mesurant près de 70 mètres de long, a quitté son domicile à Bayeux, dans le nord-ouest de la France, enveloppée dans un double caisson spécialement conçu pour atténuer les vibrations tout au long de son transport.
À l'issue de cette traversée, l'œuvre, qui retrace la conquête de l'Angleterre par Guillaume le Conquérant en 1066, sera exposée du 10 septembre au 11 juillet au British Museum.
Ce prêt, sans précédent, avait été annoncé par Emmanuel Macron en juillet 2025, dans le but de "revivifier la relation culturelle" entre la France et le Royaume-Uni, une décennie après le Brexit.
"Continuons à bâtir l'avenir de notre lien transmanche", a déclaré le Président dans une tribune au journal The Times, soulignant que la tapisserie est une œuvre inachevée, et que c’est à nous de "décrire le prochain chapitre" dans un esprit de confiance et de coopération.
Cependant, ce transfert a suscité des inquiétudes parmi les experts et les défenseurs du patrimoine. En effet, la tapisserie présente déjà des signes de fragilité, avec 30 déchirures et près de 10 000 trous. Une étude de 2021 avait averti des "risques supplémentaires" d'une telle opération.
Pour faire face au défi logistique, plusieurs études techniques ont été réalisées, avec des trajets tests menés à l'aide d'une reproduction grandeur nature de l'œuvre. Le dispositif de transport a permis de réduire les vibrations de 96 %, tout en maintenant une température constante de 20°C et un taux d'humidité de 50%.
Catherine Pégard, ministre de la Culture, a assuré que chaque détail avait été minutieusement planifié, réfutant ainsi les accusations d'impréparation.
En septembre dernier, une opération délicate avait déjà été menée pour extraire la tapisserie de son musée, fermé pour rénovation depuis 1983. "Nous voulons protéger la sécurité de cet objet incroyablement fragile", a déclaré Peter Ricketts, coordinateur du transport du côté britannique, ajoutant son désir de permettre à des millions de personnes de découvrir l'œuvre.
L'intérêt pour l'exposition londonienne est tel que les premiers billets se sont écoulés rapidement après leur mise en vente en juillet.
Des prêts similaires avaient été envisagés par le passé, notamment lors du couronnement de la reine Elizabeth II en 1953 et pour le 900e anniversaire de la bataille d'Hastings en 1966, sans succès.
Pour souligner la valeur inestimable de cette pièce, le Royaume-Uni a accepté de verser 800 millions de livres (environ 917,9 millions d'euros) en cas de dégradation majeure de la tapisserie. De plus, le pays a prévu de prêter à la France des objets précieux, tels que du mobilier funéraire d'un chef saxon du VIIe siècle et des œuvres de la Renaissance.
À son retour en France prévu en 2027, la tapisserie devrait retourner au musée de Bayeux, où elle subira une délicate rénovation, prévue depuis longtemps et maintes fois repoussée, qui pourrait être menée en présence du public pour éviter une nouvelle extraction.







