Prévue initialement en 2018, l’adoption d’une loi-cadre fondatrice de la réforme des retraites sera probablement reportée à 2019. Le gouvernement opte pour une approche mesurée face à un sujet sensible.
« Les élections professionnelles dans la fonction publique sont prévues en décembre 2018, » souligne une source bien informée. « Dans ce contexte, on éviterait de provoquer des tensions inutiles ! »
Éviter le front syndical
Le risque de contestation sociale est amplifié par des syndicats tels que FO et la CGT, qui pourraient mobiliser leurs troupes sur le thème des retraites, après une mobilisation limitée autour des réformes du code du travail. « C'est une question hautement sensible, » confirme Jean-Louis Deroussen, responsable retraite à la CFTC.
Pour contourner une opposition syndicale coordonnée, le gouvernement devra avancer avec précaution. « Deux stratégies s’offraient à nous : agir rapidement début 2018 ou choisir une approche plus douce tout en évitant de percuter les élections européennes de juin 2019, » précise la même source.
C’est la seconde option qui semble privilégiée, malgré des premiers contacts déjà engagés avec syndicats et organisations patronales. Le haut-commissaire aux retraites, Jean-Paul Delevoye, entame des rencontres pour explorer les contours de cette réforme, qu'il souhaite générale.
Vers un système unifié de retraites
Les principes directeurs de la réforme envisagée par Emmanuel Macron se résument clairement : « Un euro cotisé donne à tous les mêmes droits à pension. » L’objectif est de simplifier le paysage des retraites en supprimant les quelque quarante régimes existants et en harmonisant les âges de départ ainsi que le montant des pensions, qu’importe le statut du cotisant.
Un système basé sur des points
Le gouvernement propose également d’introduire un système de retraite par points, semblable à celui des régimes complémentaires. Pour chaque euro cotisé, l’individu accumule des points qui seront convertis en pension lors du départ à la retraite, leur valeur étant déterminée selon divers critères comme les années de cotisation et l’espérance de vie.
Ce système, plus transparent, facilite également la transition entre différents statuts professionnels, permettant aux travailleurs de transférer leurs points sans problème. Toutefois, la question de la réforme des régimes spéciaux, tels que ceux des agents de la SNCF ou de la RATP, reste délicate, ayant déjà provoqué de fortes tensions par le passé.
« Un régime unique ne signifie pas une retraite identique pour tous au même âge, » affirme Frédéric Sève, de la CFDT, suggérant des marges de manœuvre pour certaines professions sensibles. Ainsi, il pourrait être justifié d’envisager des départs anticipés pour les fonctionnaires de catégories actives, comme les policiers ou les pompiers.
« Il sera surtout crucial de ne pas modifier à la fois le système et les paramètres, » conclut Sève, faisant référence aux âges légaux de départ et durées de cotisation, des éléments dont Emmanuel Macron a promis de ne pas toucher durant sa campagne.







