Les derniers vignerons du Loiret face à l'adversité : un héritage menacé

Entre tradition et crise, les vignerons du Loiret luttent pour préserver leur héritage.
Les derniers vignerons du Loiret face à l'adversité : un héritage menacé
À Mareau-les-Prés (Loiret), Bénédicte Montigny et son mari Hubert Piel ont repris en 2001 le domaine familial du Clos Saint-Fiacre, né au XVIIe siècle. /LP/François-Xavier Rivaud

Terre de vignerons prospères aux XVIIIe et XIXe siècles, le Loiret souffre aujourd'hui d'un manque de reconnaissance. Hubert Piel, l'un des derniers représentants de ce savoir-faire près d'Orléans, exprime son pessimisme quant à l'avenir de la viticulture dans la région.

Comme le souligne Christian Poitou dans son ouvrage récemment publié, « Vignobles de l’Orléans et du Gâtinais aux XVIIIe et XIXe », l'activité viticole a chuté de manière drastique à cause, entre autres, de l'invasion du phylloxéra, poussant de nombreux viticulteurs vers d'autres cultures, comme l'arboriculture.
À Mareau-les-Prés, le domaine familial du Clos Saint-Fiacre est désormais entre les mains de Bénédicte Montigny et Hubert Piel, qui en ont pris la relève en 2001. Ils sont parmi les rares vignerons encore en activité. "Il ne reste plus que cinq vignerons dans nos appellations Orléans et Orléans Cléry", explique Hubert Piel, en s'affairant à préparer le millésime 2025 et à se prémunir contre le gel prévu cette semaine.

De 60 litres de vins vendus par an… à 25 litres

Pour lui, le récit de renouveau semble compromis, en dépit des atouts incontestables de la terre. "Je ne suis pas pessimiste, juste réaliste" déclare le vigneron. Récemment, il a participé à deux salons à Amboise et Chartres pour promouvoir ses 70 000 bouteilles produites annuellement. Cependant, les jeunes agriculteurs hésitent à se lancer dans cette activité, conséquence d'une consommation qui a chuté de 60 litres par an à 25 litres, et d'une notoriété insuffisante de leurs appellations.

L'impact du réchauffement climatique, accentué par des épisodes de gel frequents, complique la situation. Antoine, un ancien cadre, a récemment abandonné son projet de reconversion viticole malgré une belle capacité d'investissement, optant plutôt pour un poste de directeur financier. "Je ne perçois pas beaucoup de jeunes s'installer ici, au mieux ils reprendront des exploitations existantes", souligne Hubert Piel.

Quant à l'avenir de sa propre exploitation, l'incertitude demeure, même pour ses filles, qui ont d'autres ambitions professionnelles. "Bien que passionné par ce métier, je crains la pérennité de notre domaine, réduit à 13,5 hectares contre 22 auparavant", confie Hubert Piel. Les défis auxquels font face les vignerons du Loiret soulignent l'importance de préserver cet héritage, même au milieu de l'adversité.

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