Depuis qu'un an est passé depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, la valeur du dollar n'a cessé de diminuer. À l'heure actuelle, un euro s'échange contre 1,20 dollar, un seuil atteint pour la première fois en près de cinq ans. La présidence de Trump, qui fait trembler les marchés, contribue à la dépréciation de la devise américaine.
Avec cette dynamique, l'euro a franchi, mardi dernier, la barre des 1,20 dollar. Cela entraîne des effets contrastés pour l'économie: un soutien au pouvoir d'achat des ménages de la zone euro, mais des défis pour les exportateurs. Ainsi, un euro fort entraîne des gagnants, mais également des perdants.
Comment expliquer la hausse de l'euro ?
Un an auparavant, l’euro frôlait la parité avec le dollar, lequel était renforcé par l'anticipation de droits de douane instaurés par Trump, revigorant l'inflation américaine. Depuis lors, la monnaie unique européenne a gagné 15 % face au dollar.
Les investisseurs craignent une politique américaine fluctuante marquée par des tensions militaires et douanières. Une étude publiée par l’Institut de Kiel a d'ailleurs établi que 96 % des coûts des tarifs douaniers sont à la charge des Américains. La situation politique interne, notamment la récente tragédie impliquant un citoyen américain, engendre des incertitudes, tandis que l’Europe apparaît plus stable, selon John Plassard, expert financier.
Le milliardaire américain Trump a même exprimé son indifférence face à cette chute, déclarant que "le dollar se porte très bien" et affirmant qu'il pourrait en influencer la valeur facilement.
Pour Joshua Mahony de Scope Markets, "la confiance dans le dollar comme symbole de sécurité a perdu de son éclat sous la présidence de Trump". Les investisseurs cherchent à diminuer leur exposition aux actifs américains, entraînant une fuite des capitaux. François Dossou, directeur des actions chez Sienna IM, abonde dans ce sens.
L'euro, lancé en 1999 à 1,17 dollar, avait atteint 1,60 dollar lors de la crise des subprimes de 2008. Il n'avait pas dépassé le seuil des 1,20 dollar depuis 2021, période de forte intervention publique pour contrer les effets de la pandémie.
Les ménages européens sont-ils les grands gagnants ?
De nombreux biens importés dans la zone euro sont libellés en dollars, particulièrement le pétrole et les matières premières. Cette appréciation de l'euro « soutient le pouvoir d’achat des ménages européens, facilitant dépenses et tourisme », explique John Plassard.
Pour les touristes européens, la chute du dollar signifie des coûts réduits lors de déplacements aux États-Unis. Didier Arino, directeur de Protourisme, évoque une augmentation du pouvoir d’achat estimée entre 10 à 12 % pour les Français voyageant en sol américain.
A l'opposé, les Américains souffrent de la hausse des prix en Europe, surtout lorsqu'ils importent des biens européens, dont les tarifs augmentent à cause des droits de douane instaurés par la présidence Trump.
Un euro fort est favorable aux entreprises importatrices européennes, notamment dans les secteurs de la chimie, de la construction et de l'énergie, selon les analystes.
Qui sont les perdants ?
Les exportateurs, en particulier ceux de l'industrie automobile et de luxe comme LVMH, font face à des difficultés, selon John Plassard. Les groupes allemands, fortement exportateurs, ressentent particulièrement cet impact. La hausse de l'euro ajoute des complications face aux droits de douane de 15 % sur les importations américaines.
À l'inverse, une monnaie forte pourrait inciter la Banque centrale européenne à réajuster ses taux d'intérêt, ouvrant la voie à des crédits plus attractifs pour les Européens.
Une place à prendre ?
Le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, a averti qu'il ne faut pas se laisser emporter par l'idée que l'euro surpassera bientôt le dollar. Cependant, l'euro prend de l'ampleur et pourrait offrir à l'Europe un statut comparable au "privilège exorbitant" dont Washington a profité.
Les défis du populisme, pour Ipek Ozkardeskaya de Swissquote Bank, pourraient nuire à la discipline budgétaire et freiner la montée de l'euro, les investisseurs privilégiant des actifs tangibles.







