Sous la pression des médias et de la justice, la maison de luxe Prada intensifie ses audits et rompt les liens avec plus de 200 de ses fournisseurs. Cette stratégie, désignée comme une politique de "tolérance zéro", met en lumière les vulnérabilités d’un secteur du luxe en proie à des révélations préoccupantes sur les conditions de travail en Italie.
Prada contrainte de se séparer de 222 fournisseurs pour non-conformité
La marque milanaise, comme de nombreuses autres, a été secouée par des enquêtes révélant l'opaque machinerie de la sous-traitance dans le secteur du luxe. Des enquêtes ont permis à Prada de mettre en lumière une série de manquements graves, tels que le travail dans des conditions précaires et la violation des droits des employés. Des rapports issus du Financial Times indiquent que la maison a mené plus de 850 inspections sur ses sites de production, y compris des enquêtes nocturnes, une pratique rare dans cette industrie.
Plus d’un quart de ces interventions ont conduit à la résiliation de contrats. Aujourd'hui, Prada entretient des relations avec environ 1 000 fournisseurs et sous-traitants, majoritairement situés au nord et au centre de l'Italie. Les violations constatées comprennent des conditions de travail inhumaines, telles que des ouvriers dormant dans leurs ateliers, et divers manquements aux normes de sécurité.
Les enquêteurs de Milan travaillent également à des dossiers similaires en ce qui concerne d'autres marques prestigieuses de la mode italienne. Des marques comme Valentino, Armani et Loro Piana sont actuellement sous le microscope suite à des soupçons d’exploitation de la main-d'œuvre, notamment par des journées de travail interminables et des salaires dérisoires. Une étudiante en sociologie de l'université de Milan a déclaré : "Le luxe ne devrait pas rimer avec exploitation, et chaque marque doit faire face à sa part de responsabilité."
Une industrie sous pression judiciaire
Il est essentiel de noter que cette politique de contrôle renforcé s’inscrit dans un climat de scrutiny judiciaire grandissant. En effet, depuis 2024, des procureurs de Milan mènent une enquête approfondie sur des abus dans les chaînes d'approvisionnement des grandes maisons de luxe. Cela a exposé un malaise systémique présent dans l'industrie, suscitant un appel à l'action collective pour améliorer les conditions de travail.
Dans ce contexte de crise de confiance, le ministre de l’Industrie et du "Made in Italy", Adolfo Urso, a mis en avant la nécessité d'un certificat volontaire de conformité, bien qu'il ait été critiqué pour sa portée limitée.
Alors que Prada annonce la multiplication de ses auditeurs internes, des mesures novatrices sont mises en place, allant jusqu'à l'examen des factures d'électricité pour trancher sur des éventuels abus. L'entreprise déclare avoir pris des dispositions significatives pour rectifier ces problèmes, sans toutefois être directement impliquée dans les enquêtes judiciaires en cours.
Ce mouvement vers la transparence et la responsabilité pourrait devenir un modèle à suivre pour les autres acteurs de l’industrie, cherchant à restaurer la confiance des consommateurs. Le défi exposé semble immense, mais la demande de changement est forte au sein du secteur de la mode en Italie.







