Le courant reprend son chemin à Cuba mardi, après une panne générale inédite, marquant la troisième incident majeur en moins de six mois sur cette île frappée par un sévère blocus pétrolier des États-Unis.
Dix provinces, incluant La Havane, parmi les 15 que compte le pays, ont été rétablies au réseau électrique, selon les déclarations des autorités. Toutefois, cette reprise partielle ne garantit pas pour autant un retour à la normale pour tous les ménages.
La compagnie électrique de La Havane a rapporté que plus de 65 % des foyers de la capitale, qui compte environ 1,7 million d'habitants, avaient récupéré l'électricité.
Contrairement aux défaillances antérieures, la rareté du carburant complique la restauration du système électrique. La déconnexion intervenue lundi à midi a été catastrophique, privant de courant l'ensemble des 9,6 millions d'habitants de l'île.
Des fluctuations de tension, associées à un faible niveau de production, ont causé cette interruption majeure, selon les autorités.
Le président cubain, Miguel Diaz-Canel, a directement imputé les difficultés à la politique de sanctions américaines, affirmant que Washington cherchait à "provoquer un soulèvement social en étouffant le pays" et qualifiant le blocus énergétique de "génocidaire". Il a également ajouté sur X, "Sans carburant, la déconnexion du système électrique national se prolonge".
Les coupures d'électricité affectent régulièrement Cuba, exacerbées par des infrastructures vieillissantes et une pénurie de carburant. Huit coupures principales ont été enregistrées depuis fin 2024, avec des impacts plus sévères suite au blocus imposé en janvier qui complique l’approvisionnement en énergie.
Le réseau électrique complexe repose sur sept centrales thermiques anciennes, qui doivent fréquemment être arrêtées pour maintenance ou subissent des pannes chroniques. La centrale électrique majeure du pays, celle d'Antonio Guiteras, est hors-service pour des réparations, ayant été à l'arrêt plus de quinze fois en raison de dysfonctionnements cette année.
La situation actuelle engendre des coupures qui peuvent atteindre plus de 30 heures à La Havane et plusieurs jours en province, bien que des efforts aient été entrepris avec un programme de construction de parcs solaires lancé deux ans plus tôt.
Rebeca Ceballo, 73 ans, résume la résilience de la population : "Il faut s'adapter. Nous les Cubains nous nous adaptons à cela. Malheureusement, c'est comme ça. Nous nous adaptons aux bonnes choses et aux mauvaises choses".
- "Sans pitié" -
Les relations entre les États-Unis et Cuba continuent de se détériorer, particulièrement après la capture du président vénézuélien Nicolas Maduro, un allié de La Havane. En plus du blocus, Washington a imposé de nouvelles sanctions contre diverses entreprises cubaines.
Donald Trump a souligné que l'île représente "une menace extraordinaire" pour la sécurité nationale américaine, évoquant des mesures de contrôle à envisager.
Les deux nations demeurent en discussion difficile. Mardi, lors d'un débat à l'Assemblée générale de l'ONU, le ministre cubain des Affaires étrangères, Bruno Rodriguez, a dénoncé le blocus américain "sans pitié", s'élevant contre les pressions US pour interdire ce débat.
Bien que 136 pays aient voté en faveur de Cuba, le soutien a diminué par rapport aux précédentes résolutions.
"Le gouvernement américain mène contre Cuba une guerre multidimensionnelle qui perdure depuis près de 70 ans, et le blocus la rend encore plus cruelle" a déclaré Rodriguez, dénonçant des mesures assimilées à une "punition collective".
En réponse à la pression croissante, les autorités cubaines ont introduit, en juin, un ensemble de réformes économiques remarquable, marquant un tournant pour le modèle socialiste en place depuis des décennies.







