OPINIONS. Un an après son retour à la Maison-Blanche, le bilan du président américain met en lumière sa volonté de puissance et une réinvention stratégique au service des États-Unis.
Depuis janvier 2025, Donald Trump a redéfini les relations de pouvoir internationales à un rythme qui laisse l’Europe pratiquement à l'écart. Sur le Vieux Continent, les réactions vont des indignations morales à des critiques acerbes, sans véritable capacité d'intervenir, que ce soit sur le plan diplomatique ou militaire. Au lieu d'agir, l'Europe semble condamnée à ressasser son impuissance, face à une dépendance militaire croissante et à un manque d'alternative stratégique, comme le souligne le site d'information Valeurs Actuelles.
Un fait marquant de cette première année est la brutale transformation des doctrines. Trump, qui promettait la fin des engagements extérieurs coûteux, se trouve désormais à menacer ou à intervenir sur plusieurs fronts, que ce soit au Nigeria, en Iran, au Venezuela ou à Cuba, tout en relançant des ambitions sur le Groenland. Plutôt qu'une contradiction frappante, cette nouvelle approche semble se baser sur une stratégie d'interventionnisme centré sur la sécurité. Il s'agit ici, non pas de transformer le monde, mais de protéger les intérêts américains, en distance d'une ambition messianique\.*,
Un contexte international où le multilatéralisme s'effrite
Le renversement de Nicolás Maduro constitue un tournant emblématique. Au lieu de présenter ce changement de régime comme une avancée démocratique, Trump l’a qualifié de nécessité pour contrer une menace directe. Le drame vénézuélien, déjà accablé par des sanctions et sous le feu des accusations d’alliances avec des puissances présentées comme hostiles, indique un retour à une profondeur stratégique américaine. Une doctrine implicite pourrait émerger : que l'on pourrait appeler la "Donroe", une fusion entre Donald (Trump) et Monroe, préservant l'espace américain des ingérences extérieures. Cela se modernise avec une vision plus agressive : protéger les frontières américaines d'influences jugées menaçantes.
Cette évolution se déroule dans un contexte où le multilatéralisme se fissure. Les institutions comme l'ONU peinent à imposer leur volonté; alors que la Russie avance en Ukraine, que la Chine renforce sa position économique et technologique, et que l'Inde réclame son autonomie. Trump en tire une conclusion qu'il exprime sans détour : si les États-Unis renoncent à imposer leurs lignes rouges, ils ne seront plus qu'une puissance parmi d'autres. La priorité devient ainsi la sécurité nationale, privilégiant des opérations sécurisées et financièrement judicieuses.
La question du droit international, brandie par l'Europe, pourrait se révéler comme un réflexe vain. Que vaut ce droit quand il ne garantit ni sécurité ni dissuasion ? Dans un nouvel ordre mondial, l'Europe semble à la traîne, riche en principes mais pauvre en moyens. L'acquiescement à une position morale ne crée pas de souveraineté. L'absence d'une défense commune, d'une autonomie énergétique, d'une stratégie industrielle forte condamne l'Europe à occuper une position marginale parmi les grandes puissances. Une réalité qui, qu'on la regrette ou non, montre que le trumpisme a imposé une vérité : l'Amérique ne veut plus sauver le monde, mais plutôt préserver sa propre sécurité. Si l'Europe ne réalise pas que la puissance ne s'impose pas, mais se construit, elle continuera de s'effacer sur la scène internationale.
*Sébastien Boussois est chercheur et consultant en sciences politiques, auteur de "Donald Trump, retour vers le futur" (Mareuil Éditions).







