Depuis le début des hostilités à l'encontre de la République islamique le 28 février, la stratégie du président américain Donald Trump a connu des rebondissements. Des experts, tels que ceux interviewés par Franceinfo, anticipent un enlisement du conflit, avec des implications préoccupantes.
La question demeure : combien de temps Washington s'enlisera-t-il dans la guerre contre l'Iran ? Le secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, a éludé cette interrogation le 10 mars : "Ce n'est pas à moi de dire si c'est le début, le milieu ou la fin." Le lendemain, Trump avait déclaré que le conflit était "quasiment" terminé, opposant cette affirmation à ses précédentes déclarations évoquant une guerre de "quatre semaines". "Nous ne voulons pas partir avant l'heure, n'est-ce pas ? Nous devons finir le boulot, non ?" a-t-il également affirmé lors d'un meeting à Hebron.
Les ambitions des Etats-Unis sont loin d'être claires. Trump a multiplié les propos contradictoires, oscillant entre l'éradication du programme nucléaire iranien, la neutralisation des capacités balistiques, le changement de régime, et l'anticipation d'une menace imminente. Selon Sylvain Gaillaud, chercheur à l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, "Les choses semblent échapper à Donald Trump, qui espérait un effondrement rapide du régime iranien, pensant que la mort de personnalités clés comme le guide suprême Ali Khamenei, annoncée par Trump, provoquerait un bouleversement immédiat". Cependant, la République islamique a démontré sa résilience, désignant déjà Mojtaba Khamenei comme son nouveau dirigeant.
La Maison Blanche et les fantômes du passé
Tara Varma, experte du German Marshall Fund, souligne un manque de préparation de l’administration américaine, notamment dans le rapatriement de ressortissants, un aspect qui n’avait pas été correctement anticipé. Elle avertit de "risques d'enlisement", une situation que de nombreux présidents américains ont déjà rencontrée dans la région. "La guerre en Irak, lancée par George W. Bush, a duré près de huit ans, provoquant une instabilité qui a perduré jusqu'à nos jours", rappelle-t-elle. Trump, conscient de cet héritage, avait promis durant sa campagne de "ne pas démarrer de guerre".
Dans ce contexte, il apparaît que Trump s'est empêtré dans ses propres promesses. "Il s'est retrouvé coincé dans un piège de sa propre rhétorique, alignant ses objectifs sur ceux d'Israël, qui vise à éradiquer le régime iranien", analyse Gaillaud. Lors d'une déclaration, Benyamin Nétanyahou a affirmé qu'il n'avait "pas encore terminé" avec l'Iran, tandis que Téhéran semble órienter ses ambitions vers une guerre de position.
Les prix de l'énergie scrutés
Cette situation a créé des inquiétudes au niveau mondial, notamment sur le marché des énergies. Les prix du pétrole ont atteint près de 120 dollars le baril au début de la semaine, avant de régresser légèrement. Toutefois, le blocus du détroit d'Ormuz, zone clé pour le transit pétrolier, exacerbe les craintes de hausse des coûts énergétiques. La Commission Européenne a mis en garde contre un "choc stagflationniste majeur", qui pourrait affecter l'économie mondiale.
Entre-temps, les Etats-Unis ont évoqué la possibilité d'escorter les pétroliers dans le détroit. Cependant, cette promesse est perçue comme illusoire par de nombreux experts, surtout au moment où plusieurs navires ont subi des attaques dans cette zone, attisant les tensions.
Une approche fragile
Plus généralement, les conflits en cours menacent de déstabiliser encore davantage le Moyen-Orient. "Les pays du Golfe observent ce conflit avec une inquiétude croissante", précise Gaillaud. Bien que la chute du régime iranien ne soit pas désirée par nombre d'entre eux, la question qui se pose est celle de la stabilité régionale à long terme. Un enlisement prolongé pourrait également remettre en question "la crédibilité des garanties de sécurité américaines" pour les alliés dans un contexte déjà tendu.
"Les pays du Golfe se sont construits comme des îlots de stabilité et de richesse. S'ils ne sont plus correctement protégés, cela deviendra très compliqué pour eux."
Tara Varma, directrice du programme de prospective stratégique du German Marshall Fund of the United Statesà franceinfo







