l'essentiel
Alors que Donald Trump avait promis une opération rapide contre l'Iran, la résistance de Téhéran et le flou des objectifs entrevoient un imbroglio militaire. Entre les pressions de l'opinion publique, le coût humain et les échéances électorales, la Maison-Blanche se retrouve face à un défi de taille dans la gestion de ce conflit.
Après plusieurs jours de frappes, l'Iran continue de tenir bon. Pourtant, le président américain avait déclaré le 9 mars que le conflit était "quasiment" terminé alors que des signes d'enlisement commençaient déjà à se manifester. "Nous ne voulons pas partir avant l'heure, n'est-ce pas ? Nous devons finir le boulot, non ?" a-t-il ajouté lors d'une réunion à Hebron, Kentucky, deux jours après.
La guerre éclair tant espérée par la Maison-Blanche se transforme peu à peu en un bourbier dont il pourrait être difficile de sortir. "Les États-Unis et Israël ont certes un avantage militaire, mais le pouvoir de nuisance du régime iranien est suffisant pour rendre toute victoire définitive difficile", analyse le général Jérôme Pellistrandi, rédacteur en chef de la revue Défense nationale. La capacité de l'Iran à encaisser les frappes pourrait avoir été sous-estimée par les autorités américaines.
Les déclarations contradictoires de Donald Trump, entre l'arrêt du programme nucléaire, le changement de régime ou encore la recherche d'une négociation forcée, rendent la situation encore plus complexe. Jérôme Pellistrandi souligne qu'il est encore trop tôt pour prédire l'issue des opérations, mais qu'aucune sortie de crise ne semble en vue à court terme.
coût de la guerre faramineux
Selon Dominique Simonnet, politologue spécialiste des États-Unis, l'objectif de Trump reste de remporter une victoire rapide. "Il pourrait même accepter le maintien du régime actuel, comme il le fait avec le Venezuela, qu'il cite souvent comme un exemple", ajoute-t-il. Plusieurs facteurs poussent l'administration à chercher une résolution rapide au conflit.
Tout d'abord, le coût de la guerre peut atteindre un milliard de dollars par jour, une charge que les contribuables américains commencent à redouter. En parallèle, l'impact humain est un véritable frein. « Les Américains sont sensibles aux pertes militaires », rappelle Simonnet. "Des cercueils recouverts de la bannière étoilée rappellent immédiatement les tragédies passées de l'histoire militaire des États-Unis."
Les élections de mi-mandat planent également au-dessus de cette situation. La popularité de Trump est fragilisée, notamment par le cas Epstein. Un sondage Ipsos récent dévoile que seuls 29 % des Américains approuvent l'intervention militaire. La fracture entre les électeurs est marquée, avec 80 % des démocrates opposés au conflit, tandis que les républicains se montrent majoritairement favorables.
tensions au sein de son camp
Des dissensions apparaissent même au sein du cercle MAGA. "L'aile ultra-isolationniste lui reproche de ne pas tenir sa promesse de ne plus engager le pays dans des guerres extérieures", indique Simonnet. Lors de sa campagne, Trump avait promis de rompre avec le cycle des guerres interminables.
Cependant, les sentiments américains vis-à-vis de la situation restent ambivalents. Une majorité semble vouloir un arrêt des combats, mais près de 80 % des citoyens s'opposent à l'acquisition par l'Iran d'armes nucléaires. De plus, deux tiers des Américains voient toujours Téhéran comme un ennemi. Dans ce contexte, les choses peuvent rapidement évoluer. Si Donald Trump réussit à annoncer une victoire rapide, un désengagement iranien sur le nucléaire ou un accord jugé historique pourrait redresser la situation à son avantage.







