L'essentiel - Dans une récente déclaration, Renault a dévoilé son ambition de réaliser 100 % de ventes électrifiées d’ici 2030 en France, et d’atteindre 50 % à l’étranger. Décryptage with Zdravka Bondidier, experte automobile.
Au-delà de l’annonce audacieuse de Renault visant à cesser la vente de véhicules thermiques en Europe, se cache une stratégie bien plus complexe. Le constructeur français s'engage vers une électrification accélérée, avec le projet de lancer 16 nouveaux modèles. En parallèle, il envisage une transformation industrielle significative pour affronter une concurrence internationale de plus en plus intense.
D’après Zdravka Bondidier*, cette initiative représente une vraie rupture avec les attentes du secteur, surtout alors que des géants comme Stellantis commencent à opérer un retour en arrière.
Un virage électrique… mais nuancé
En décembre dernier, influencée par des pays comme l'Allemagne, la Commission européenne a révisé ses objectifs de fin des moteurs thermiques initialement planifiés pour 2035. Conséquemment, plusieurs grands fabricants, dont Stellantis, Ford et GM, réorientent leur stratégie vers des options hybrides et thermiques.
Cependant, Renault demeure ferme dans sa volonté d’« électrifier » l’ensemble de ses ventes européennes d’ici la fin de cette décennie. Les modèles utilisant uniquement de l’essence ou du diesel devraient progressivement disparaître. Il est essentiel de noter que cette transition ne marque pas la fin des moteurs thermiques, les hybrides jouant un rôle clé en tant qu'étape intermédiaire vers l’électrique.
Renault envisage même d'intégrer des véhicules électriques avec un prolongateur d'autonomie thermique. Cette innovation permettrait de recharger les batteries lors de longs trajets, comme l'explique Pierre-Olivier Marie, rédacteur en chef de Caradisiac.com.
Une réponse à la pression des concurrents
La décision de Renault d'accélérer son passage à l'électrique est également une réaction face à une concurrence croissante, notamment des marques chinoises comme BYD et Chery qui s’imposent sur le marché européen avec des véhicules électriques abordables et innovants.
Pour faire face à cette concurrence, Renault vise à diminuer ses coûts et à renouveler sa gamme de manière ambitieuse. Le constructeur prévoit pas moins de 36 nouveaux modèles d’ici 2030, majoritairement électriques, pour rester dans la course sur un marché en pleine mutation. Zdravka Bondidier souligne qu’il s’agit d’un défi majeur par rapport aux méthodes habituelles de travail en Europe, notamment grâce à l’intégration de l’intelligence artificielle et de la robotique dans le processus de production.
Quant à l’accessibilité économique de ces nouveaux modèles, l’experte estime que tout dépendra de la capacité de Renault à réduire ses coûts de 20 %, permettant ainsi une offre attractive pour les clients. Toutefois, elle avertit qu’en l'absence de subventions gouvernementales, la démocratisation complète de ces modèles face aux thermiques sera complexe.
Une bataille mondiale
Pour assurer sa pérennité, Renault oriente également sa stratégie vers l’international. Le groupe ambitionne de réduire sa dépendance au marché européen en se concentrant sur l’Asie. L’Inde, par exemple, où la demande pour des véhicules compacts et économiques est forte, représente une opportunité intéressante pour Renault. Zdravka Bondidier conclut en affirmant que maintenir une stratégie cohérente sur l'électrique sera bénéfique à long terme : "Garder cette consistance dans leur stratégie sur l’électrique, ça va payer."







