L'Eurovision se présente comme le sanctuaire de la chanson, mais il est également devenu un véritable miroir des tensions géopolitiques. Les sélections de cette année ne font pas exception : des pays comme l'Espagne, l'Irlande, la Slovénie, les Pays-Bas et l'Islande ont choisi de boycotter le concours, mécontents de la présence d'Israël.
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Au cœur de la compétition, le candidat franco-israélien Noam Bettan voit son parcours obscurci par une controverse grandissante. En effet, plusieurs pays ont décidé de ne pas se rendre à Vienne (Autriche), tandis que d'autres ont choisi de ne pas diffuser le concours. Ils souhaitent ainsi protester contre la politique d'Israël en raison des événements tragiques à Gaza depuis 2023. Cette vague de boycott est sans précédent dans l'histoire du concours.
Des manifestations ont eu lieu à Vienne, où des activistes ont tenté de perturber les demi-finales en déployant des cercueils symboliques représentant des enfants palestiniens. Pour Israël, l'Eurovision constitue un enjeu de visibilité international. Selon le New York Times, le pays a investi des centaines de milliers de dollars dans ses candidats au fil des ans. Benjamin Netanyahou lui-même a appelé la diaspora à soutenir la candidate précédente du pays. Yaniv Dornbush, journaliste à "Walla" et analyste de l’Eurovision, commente : "D'autres pays ont fait campagne comme Israël. Elle a porté ses fruits dans le passé, alors pourquoi pas cette année ?"
Une véritable tribune politique
Depuis sa création en 1956, l'Eurovision a souvent servi de plateforme pour des messages politiques. Des pays ont boycotté le concours par le passé pour des raisons similaires. Par exemple, l'Autriche a refusé de participer en 1969 pour protester contre la dictature franquiste et la Grèce a renoncé à sa participation en 1975, refusant de se produire aux côtés de la Turquie, avec qui elle avait de profondes tensions historiques.
Les performances scéniques ont également été marquées par des revendications. En 2009, un groupe géorgien a tenté de faire passer un message explicite contre Vladimir Poutine, mais leur chanson a été disqualifiée pour des motifs politiques. Plus récemment, en 2022, la Russie a été exclue du concours suite à l'invasion de l'Ukraine.
Pourtant, au-delà des tensions géopolitiques, certains pays adoptent une approche stratégique en s’appuyant sur des affinités culturelles. Par exemple, Chypre a récemment placé la Grèce parmi ses favoris à plusieurs reprises. Stéphane Bern, commentateur de l'Eurovision pour France Télévisions, note avec amusement : "C'est fascinant ! La Grèce votera sans nul doute pour Chypre, et vice versa. Cette dynamique se retrouve parmi les pays scandinaves également."
Des changements à l'horizon
En réponse aux nombreuses polémiques qui entourent la compétition, l'Eurovision a annoncé de nouvelles règles à partir de 2026. Les téléspectateurs ne pourront plus voter que dix fois, soit la moitié du nombre précédent, et les gouvernements et diffuseurs ne bénéficieront plus de la possibilité d'effectuer des campagnes publicitaires intensives pour influencer les votes.







