Les banquets géants du Canon français, qui réunissent des milliers de participants autour de tables généreuses agrémentées de vin et de produits du terroir, suscitent autant l'enthousiasme que la controverse. Présentés par les organisateurs comme une simple célébration de la convivialité et de la gastronomie, ces événements sont également critiqués pour leurs connotations identitaires et politiques. Jean Viard, sociologue et directeur de recherche au CNRS, nous éclaire sur ce phénomène culturel en pleine effervescence.
La Dépêche du Midi a demandé à Jean Viard ce qui attire tant de Français aux événements du canon français. Selon lui, au-delà de la simple attirance pour la gastronomie locale, il existe un besoin plus profond de se définir culturellement, remplaçant ainsi les anciennes identités basées sur le métier ou le milieu social. « Ces rassemblements permettent à certains d'affirmer leur appartenance à un territoire et à une manière de vivre qu'ils estiment menacée », explique-t-il.
Les critiques de ces événements révèlent une fracture entre les différentes perceptions de la société française. « Nous assistons à un conflit d'identités », commente Viard. Les symboles mis en avant dans ces banquets, bien que présentés comme apolitiques, portent inévitablement un message sur ce que pourrait être le "vrai Français". C'est une vision qui ne fait pas l'unanimité et qui est perçue comme telle par une partie de la population.
Ces banquets évoquent une France qui se sent de plus en plus minoritaire. Essentiellement portés par des ruraux et des classes moyennes, ces événements se veulent une affirmation d'une culture qui se croit marginalisée. Viard souligne : « Ce sont surtout les habitants des zones périurbaines qui revendiquent une manifestation de leur mode de vie face à une image caricaturale véhiculée par les métropoles ».
En outre, une dimension viriliste semble se dessiner dans ces événements, avec une forte présence masculine. Certains participants expriment une réaction face aux évolutions sociétales récentes, notamment autour des questions de genre, laissant transparaitre des discours qui flirtent avec le racisme.
En matière d'identité, la nourriture joue un rôle clé. Le choix du cochon comme plat emblématique n'est pas anodin. Pour certains, il symbolise la culture française, mais il exclut, implicitement, certaines religions, ce qui pose la question du véritable message que ces banquets souhaitent véhiculer. Ainsi, l'alimentation devient un marqueur identitaire puissant.
Enfin, ces événements sont aussi porteurs d'une nostalgie pour une France d'antan, où tout semblait plus simple et homogène. Viard conclut en indiquant que cette nostalgie est le moteur des mouvements réactionnaires : « Ils défendent une vision d'une France idéalisée, souvent blanche et homogène ».







