La dette publique française a atteint 3 536 milliards d'euros au premier trimestre 2026, marquant un seuil historique selon l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) ce jeudi 25 juin.
Ce chiffre est particulièrement vertigineux : avec une augmentation de 75,6 milliards d'euros depuis la dernière estimation, la France passe pour la première fois le cap des 3 500 milliards. Ce ratio de 117,5 % du PIB est alarmant, en hausse par rapport aux 20 % de 1980 et aux 60 % de 2000. Il se rapproche du record de 117,8 % atteint au premier trimestre 2021, période où le gouvernement Macron a mis en œuvre des dépenses massives pour contrer les effets de la crise du Covid-19. Actuellement, seuls la Grèce et l'Italie affichent une endettement supérieur au sein de l'Union européenne.
Une charge qui menace le budget de l'État
La situation s’aggrave avec des conditions de financement de plus en plus difficiles. Alors qu’elles étaient proches de zéro en 2020 et 2021, les taux d’intérêt à dix ans de la dette française ont atteint 3,7 %. Cette hausse est en partie due à l'augmentation des taux d'intérêt à l’échelle mondiale, aux incertitudes politiques provoquées par la dissolution manquée de 2024, et aux tensions géopolitiques liées à la guerre en Iran. Selon l’économiste indépendant Sylvain Bersinger, la France est désormais perçue comme l’un des emprunteurs les plus fragiles de la zone euro, moins solide que Malte, la Lettonie et la Lituanie.
Cette endettement impacte déjà les finances publiques : la charge de la dette a grimpé de 35,8 milliards d'euros en 2020 à 50,9 milliards en 2025. Les prévisions indiquent qu’elle pourrait atteindre 59 milliards d'euros en 2026, puis atteindre 77 milliards d'euros d’ici 2028. Philippe Juvin, député LR et rapporteur général du budget, alerte sur le fait que le paiement des intérêts pourrait devenir « le premier poste de dépense du budget de l’État ».
À noter également que près de 60 % de cette dette est détenue par des investisseurs étrangers, ce qui signifie qu’une part importante des intérêts versés par l'État quitte le pays au lieu de profiter aux épargnants français.
Le plan de Lecornu jugé irréaliste
Dans son livre Alerte sur la France qui vient, François Bayrou, ancien Premier ministre, évoque cette hausse de la dette comme une « marée irrésistible, irrémédiable, qui monte à la vitesse d’un cheval au galop », mettant en garde sur le fait que cette charge croissante siphonne les ressources de l’État, affectant la qualité des services publics et le pouvoir d'achat des ménages.
Pour repérer les défis qui se présentent, le gouvernement de Sébastien Lecornu s’est fixé pour objectif de ramener le déficit public sous les 3 % du PIB d'ici 2029. Cependant, nombre d'économistes jugent cette ambition comme irréaliste dans le contexte actuel, qui exige d’importantes réductions des dépenses ou de significatives hausses d’impôts, dans une conjoncture politique fragile.
D'après les experts de l'OCDE et d'autres institutions internationales, la dette française pourrait dépasser les 120 % du PIB dans les années à venir si des mesures correctrices ne sont pas mises en œuvre rapidement.







