"Hier : zéro. Aujourd'hui : zéro." Comme de nombreux employés du secteur touristique de Dubaï, Dulash, un jeune homme originaire du Sri Lanka, fait face à une chute vertigineuse de l'activité depuis le début des hostilités au Moyen-Orient.
La plage emblématique de Jumeirah Beach Residence (JBR), habituellement bondée, affiche un visage désertique. Les chaises longues sont inoccupées, tandis que les terrasses des restaurants, d'ordinaire animées, présentent un spectacle de désolation, les vendeurs de souvenirs attendant en vain des clients.
Face à cette scène, la plus grande roue du monde, Ain Dubai, reste immobile, tout comme le musée Madame Tussauds, qui, malgré des réductions alléchantes, ne parvient pas à attirer les foules.
"Il n'y a pas un client, je n'ai jamais vu Dubaï comme ça", déclare Dulash, 26 ans, employé d'un loueur de jet-skis depuis six ans.
Avec ses gratte-ciels vertigineux et ses îles artificielles, Dubaï s'est imposée comme une destination phare du tourisme au Moyen-Orient, accueillant près de 19,6 millions de visiteurs l'année dernière. Mais, en pleine haute saison, l'ombre des conflits s'est abattue, provoquant l'érosion rapide du flux touristique.
Privée de revenus, l'industrie espère que la guerre, déclenchée par l'offensive israélo-américaine sur l'Iran, prenne fin rapidement. De nombreux employés, inquiets, confient leur angoisse à l'AFP sous couvert d'anonymat.
Dulash, qui perçoit un salaire de 4.500 dirhams (975 euros), n'a pas reçu sa paie à la date attendue. "J'ai dû emprunter 1.000 dirhams pour régler mon loyer de 800 dirhams; il ne me reste que 200 dirhams pour vivre. Quand vais-je toucher mon salaire ?" s'interroge-t-il. Il refuse même l'idée de rentrer chez lui, affirmant que les tarifs des billets d'avion ont triplé.
"Il ne reste qu'à espérer", confie-t-il, sa détresse évidente sur son visage.
- "Cela me fait peur" -
Le World Travel and Tourism Council (WTTC) a évalué à 600 millions de dollars les pertes quotidiennes subies par le Moyen-Orient dues à la guerre. Dans les Émirats, le secteur touristique représentait près de 13 % du PIB en 2025, engendrant près de 925.000 emplois, pour la plupart occupés par des étrangers.
Si de nombreux employés sont d'origine asiatique, d'autres viennent de zones plus proches en quête de sécurité économique. "Je suis Syrien et j'ai déjà vécu la guerre; les missiles ne m'effraient pas", raconte un vendeur de parfums, apitoyé par la précarité salariale.
Kalhan, également issu du Sri Lanka, attend en vain ses commissions pour arrondir un salaire fixe de 3.000 dirhams (709 euros) – qu'il devra se contenter ce mois-ci. "Je suis venu à Dubaï pour améliorer mes conditions de vie, mais je ne sais plus quel avenir m'attend", déplore-t-il.
À l'approche de l'Aïd el-Fitr, les hôtels de la ville – 827 établissements, dont de nombreux palaces – réduisent leurs prix pour attirer les résidents et leurs familles. Les promotions fusent sur l'île The Palm, où certains hôtels ont subi des dommages dus à des débris de drones.
Les professionnels craignent des répercussions durables sur la réputation du pays, qui aspire à demeurer un havre de paix dans la région. Nabil Haryouli, propriétaire d'une agence de voyage à Dubaï, prévoit des effets prolongés. "Il est sûr qu'environ quelques mois seront affectés, mais les touristes reviendront", insiste-t-il. "La clé, c'est le retour de la stabilité. Dubaï a prouvé à plusieurs reprises qu'elle pouvait rebondir, que ce soit lors de la crise financière de 2008 ou de la pandémie de Covid."







