Paris (France) – Bruno Retailleau, figure conservatrice du paysage politique français, fait face à un défi de taille : regagner l'élan de sa carrière après une expérience au ministère de l'Intérieur. En matière d'immigration et de sécurité, il ne fait pas de concessions, tout en naviguant habilement entre une approche ferme et un style affable.
Le sénateur de 65 ans, ancien membre de l’équipe de Michel Barnier, cherche à se positionner comme le candidat naturel de la droite pour l’élection présidentielle. Les Français découvrent un homme aux idées clés ancrées à droite, très attaché à ses racines vendéennes.
Bruno Retailleau est fier de sa culture rurale, mettant en avant son héritage familial à St-Malô-du-Bois, où il réside, et son parcours en tant que catholique pratiquant. Père de trois enfants, il n’hésite pas à évoquer Georges Clémenceau, dont l’héritage est, selon lui, dérivé de son appartenance à la Vendée.
Malgré son désir de s’imposer, Retailleau a longtemps été considéré comme trop conservateur pour espérer conquérir le sommet de l'État, surtout après son opposition au mariage pour tous. Selon un cadre des Républicains, "Retailleau, c'est la droite Trocadéro, donc la droite Fillon", illustrant ainsi le scepticisme qui l’entoure.
Sous le chapiteau du Sénat, où il était chef du groupe Les Républicains, il a lentement vu son influence croître, même s'il a peiné à s'imposer face à des rivaux comme Laurent Wauquiez ou Éric Ciotti. Sa nomination au ministère de l'Intérieur en 2024 marque un tournant décisif dans son parcours.
Connu pour sa lutte acharnée contre l'immigration illégale et le narcotrafic, Retailleau ne se prive pas d’éventuelles critiques envers des pays comme l'Algérie, dénonçant leur réticence à reprendre leurs ressortissants indésirables. Ses opinions dégagent une rigueur de droite, tout en étant formulées avec une certaine mesure.
Malgré des prises de position polémiques – tels que son affirmation que l'immigration "n'était pas une chance" pour la France et sa déclaration "à bas le voile" islamique – il revendique haut et fort son franc-parler, séduisant ainsi ce qu'il appelle "la France des honnêtes gens".
Souvent accusé de flirter avec les idées de l'extrême droite, Retailleau fait valoir que l'union des droites doit passer par les urnes, critiquant les alliances politiques de dernière minute. Cela dit, ses recommandations de ne pas accorder "une seule voix à la gauche" lors d'élections partielles ont soulevé des questions sur son véritable positionnement.
Sur le plan économique, il conteste le programme de Marine Le Pen, le qualifiant de "socialiste". L’an dernier, il a remporté la présidence des Républicains avec 75% des voix, un exploit marquant dans un contexte politique très concurrentiel.
Un départ incompris
Sa réunion au gouvernement semblait initialement prometteuse, mais un incident relatif à la nomination de Bruno Le Maire a mené à une crise marquée, entraînant son départ en octobre. Cette décision a été mal perçue par le public, exemplifiée par une chute dans les sondages, un fait reconnu par ses proches comme "un trou d'air".
Bien qu'il s'efforce de définir sa ligne politique au sein de son parti, ses efforts ont été entravés par les désaccords communautaires autour de l'adhésion de membres aux ministères. Cela a fracturé les Républicains entre députés et sénateurs, tandis que des figures comme Xavier Bertrand et David Lisnard avancent également leurs ambitions pour la présidence de l'Élysée.
Alors que Bruno Retailleau se prépare à un affrontement potentiel, ses prochaines étapes pourraient redéfinir l’avenir de la droite française et son propre destin au sein du paysage politique en mutation du pays.







