Quel avenir pour la Corse ? Ce mardi 23 juin, les députés se pencheront sur une réforme constitutionnelle qui propose d'octroyer une "autonomie" inédite à "l'île-montagne". Toutefois, ce projet suscite des craintes parmi certains parlementaires qui redoutent une fracture dans la République. Si le vote d'adoption a lieu vers 17h30, le parcours vers cette "autonomie au sein de la République" reste délicat, nécessitant un accord avec le Sénat et la convocation de trois cinquièmes des parlementaires réunis en Congrès.
Pour franchir ce cap, le gouvernement table sur le soutien de l'ancienne majorité macroniste (Renaissance, MoDem, Horizons), dont les membres se montrent partagés, ainsi que sur des voix écologistes et du PS. Les députés de La France Insoumise pourraient s'abstenir, mais nombre d'entre eux demeurent sceptiques face à ce texte.
Le groupe Les Républicains semble en désaccord, partageant leurs voix entre opposition et abstention, tandis que le Rassemblement national, qui annoncera sa position ce mardi, semble prêt à voter contre, en collaboration avec leurs alliés ciottistes de l'UDR.
Gabriel Attal, leader des députés Renaissance, a déjà exprimé son soutien à ce projet en affirmant, dans une interview à Corse-Matin, qu'il est urgent d'agir pour la Corse.
Un projet complexe à la croisée des chemins
Initié en 2022 après la mort du militant indépendantiste Yvan Colonna en prison, ce texte partage les opinions. Les débats s'articulent autour de la délégation de pouvoirs à la Corse, qui pourrait non seulement adapter les lois nationales aux spécificités locales mais également proposer ses propres textes, sous le contrôle du Conseil constitutionnel.
Ce projet est perçu par certains, comme François-Xavier Ceccoli, comme un signe de faiblesse de l'État, mettant en avant les risques de dérives à travers une approche qui pourrait favoriser le communautarisme'' dans la Constitution, une opinion que partage Benjamin Morel, constitutionnaliste. De plus, Ceccoli met en garde contre les pressions potentielles du crime organisé sur les élus locaux.
Des inquiétudes émergent aussi quant à la création de mouvements autonomistes dans d'autres régions comme l'Alsace ou la Bretagne, alors que le texte soulève des interrogations sur les compétences à accorder à la Corse. Le gouvernement cite des domaines tels que l'aménagement du territoire ou le développement économique, mais le cadre précis ne sera défini que dans une future loi organique encore incertaine.
Dans l'hémicycle, le consensus révèle une exclusion des compétences régaliennes, comme la sécurité ou la justice. Les députés de La France Insoumise tentent d'intégrer une garantie de non-régression sociale et environnementale, tandis qu'Ugo Bernalicis insiste sur le respect de l'égalité des citoyens vivant sur l'île.
Une incertitude ambiante au Sénat
Malgré une certaine confiance dans l'adoption imminente, Paul-André Colombani s'interroge sur l'approbation de ce texte au Sénat, où la majorité est composée de la droite et du centre, et où des modifications ou un rejet de la réforme pourraient considérablement affaiblir ses chances d'adoption au Congrès avant la fin du quinquennat. Les parlementaires hésitent à faire confiance au calendrier de la loi organique complémentaire, qu'ils n'attendent pas avant 2027.
Marc Pena, du Parti Socialiste, souligne que si l'Assemblée donne son approbation ce mardi, cela marquera une avancée significative, posant des jalons pour un futur autonome pour la Corse.







