À 7h13 du matin, le train inaugural des Émirats arabes unis fait son entrée en gare d'Abou Dhabi. Une scène somme toute classique dans de nombreuses régions du monde, mais encore peu fréquente dans le Golfe, où le développement des réseaux ferroviaires reste limité.
Près de deux décennies après le lancement d'un ambitieux projet visant à relier les six monarchies de la péninsule, les Émirats deviennent le deuxième pays de la région, après l'Arabie saoudite, à offrir une connexion fer interurbaine pour les passagers.
Roda, ayant pris le train depuis Fujairah un peu moins de deux heures plus tôt, réalise l'ampleur du changement pour les résidents de son émirat, souvent en retrait par rapport aux métropoles d'Abou Dhabi et Dubaï.
"Que ce soit pour des voyages d'affaires ou de loisirs, cela va vraiment simplifier les choses. Avant, il fallait réfléchir à deux fois avant de venir" dans la capitale, confie-t-elle, tout en louant le confort des nouveaux sièges en cuir et l'amabilité du personnel à bord.
- "Des paysages à couper le souffle" -
La liaison, opérée par Etihad Rail en partenariat avec Keolis, filiale de la SNCF, n'est qu'une première étape. D'ici l'année prochaine, neuf autres stations ouvriront, notamment à Dubaï, où vit Gunjan Chaurasia depuis deux décennies.
Ravie de revivre une expérience ferroviaire qui lui rappelle son enfance en Inde, elle a parcouru plus de cent kilomètres en voiture pour être parmi les premiers voyageurs. "On a pu admirer des paysages magnifiques, impossibles à voir en voiture", témoigne-t-elle.
Cependant, avec des gares relativement éloignées des centres-villes, un train atteignant une vitesse maximale de 200 km/h et un carburant abordable pour les automobilistes, le train n'est pas encore la solution évidente face aux trajets en voiture entre les plus grandes villes du pays.
Néanmoins, cette nouvelle option de transport devrait inciter "les habitants à explorer d'autres émirats", estime Gunjan.
En parallèle, Etihad Rail développe un projet de train électrique à grande vitesse reliant Abou Dhabi et Dubaï, dont l'ouverture est attendue dans les années à venir.
Ce réseau ferroviaire est considéré comme un vecteur de cohésion au sein d'une fédération aux niveaux de développement variés. "C'est un moment historique pour les Émirats", s'enthousiasme Adhraa AlMansoori, directrice commerciale d'Etihad Rail Mobility. "Cela va redéfinir la conception des villes et les déplacements des habitants." Selon elle, le projet pourrait générer plus de 90 milliards de dirhams (environ 21,5 milliards d'euros) de bénéfices sur les cinquante prochaines années.
- Un atout stratégique face aux tensions régionales -
Actuellement, le pays dispose de près de 900 kilomètres de voies ferrées, mises en service en 2023, qui pour le moment ne sont utilisées que pour le fret. L'infrastructure s'est avérée cruciale depuis le début des conflits au Moyen-Orient, permettant de détourner certaines marchandises vers le port de Fujairah, situé sur le golfe d'Oman, face aux tensions du détroit d'Ormuz, porte d'entrée essentielle du Golfe.
Le projet initial devait s'intégrer dans un réseau régional de plus de 2 000 kilomètres, proposé en 2009, pour faciliter le transport entre l'Arabie saoudite, les Émirats, le Qatar, le Koweït, Bahreïn et Oman. Cependant, pour l'instant, seul le tronçon reliant les Émirats au port de Sohar, dans la partie nord d'Oman, est en construction.
Bien que le conflit ait ravivé l'intérêt pour le rail, les ambitions régionales rencontrent toujours des réserves dues à des intérêts divergents et à des rivalités géopolitiques, notamment entre les Émirats et l'Arabie saoudite. Samriddhi Vij, analyste au sein du groupe de réflexion ORF Middle East basé à Dubaï, souligne que le développement ferroviaire aux Émirats "reflète une dynamique en cours plutôt qu'une véritable intégration régionale". "Il existe une logique de connectivité, mais la clé reste la volonté politique", conclut-elle.







