La justice française, engluée dans des critiques acerbes suite au traitement de l'affaire tragique de Lyhanna, une fillette de 11 ans retrouvée morte début juin dans le Gers, se livre à une introspection nécessaire. Ce jeudi, deux des plus hauts magistrats du pays, Christophe Soulard, premier président, et Rémy Heitz, procureur général près la Cour de cassation, ont mis en lumière les « carences structurelles et systémiques » dans la protection de l'enfance, tout en critiquant la tendance à chercher des boucs émissaires.
Dans un communiqué marquant, ils ont affirmé : « Accuser un magistrat ou un enquêteur ne devrait pas être une excuse pour éviter de regarder les vérités que la société civile met devant nous ». Cela fait écho à une crise systémique plus vaste dans le domaine, où la protection de l'enfance est aujourd'hui mise à mal.
Lyhanna avait disparu quelques jours avant d'être retrouvée sans vie, alors que le principal suspect, Jérôme Barella, n'avait jamais été inquiété malgré des signalements pour des comportements sexuels inappropriés envers d'autres enfants. Les critiques pleuvent depuis l'émergence de nombreuses erreurs dans la procédure judiciaire, en particulier à Auch, où l'affaire a été traitée.
Suite à un rapport accablant de l'Inspection générale de la justice, le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, a annoncé des sanctions contre des fonctionnaires impliqués dans le dossier, déclenchant une enquête administrative et des mesures disciplinaires.
Dans ce contexte, Soulard et Heitz estiment que « les questions de responsabilité individuelle ne peuvent être dissociées de la responsabilité collective ». Ils soulignent qu'un investissement accru est nécessaire pour relever ce défi, notant que la France consacre moins de fonds à la justice par habitant comparativement à la moyenne européenne.
« Il est temps de s'engager dans un plan Marshall pour la protection de l'enfance », affirment-ils, soulignant que cette mobilisation doit être globale et durable. Alors que la CIIVISE estime que 160 000 enfants souffrent chaque année de violences sexuelles en France, ces magistrats appellent à une introspection sur les pratiques actuelles de la justice, questionnant si les attentes des citoyens en matière de sécurité et de protection des enfants sont réellement comprises et prises en compte.
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